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ENSEIGNEMENT N°1 : LA CURE D’ÂME OU L’ACCOMPAGNEMENT PASTORAL.

 Docteur Pasteur Henri KPODAHI.

Plan

Introduction

I- Définition de la cure d’âme

1-la relation d’aide

2-la cure d’âme

II- Méthodes d’approches en cure d’âme

1-la technique directive

2-la technique non-directive

III- Contenu de la cure d’âme

1-l’écoute

2-l’entretien

IV-les obstacles dans la pratique de la cure d’âme

1-les types de comportements

2-les différentes réactions

V-Quelques conseils pratiques

Conclusion     

      

Introduction

      Selon le dictionnaire Larousse, l’accompagnement est l’action d’accompagner c’est-à-dire  d’aller avec quelqu’un ou à sa suite, l’escorter  ou le conduire. cette expression, dans le cadre de notre étude a le sens d’assistance, de soutient mais  alors  assistance ou soutien qui s’inscrit  dans  le champ du  langage . Socrate déjà, selon  ses  propres  termes était accoucheur  d’âme. Son  contemporain Antiphon (480- 421), faisait parler  son  patient  de  sa  souffrance et reprenait  le  style et le contenu  de  ses  paroles , avant  de  procéder  au  » recadrage » en  lui  donnant  une  vision  de  la  réalité . plus  proche  de  nous, nous  avons  Freud , maître  de  la  psychanalyse  des  XIXe  et XXe siècles . les  uns et les  autres  ont  utilisé  une  méthode  dont  l’origine  est  lointaine  et  profondément  ancrée  dans  la  parole  de  dieu. dans  proverbes  12 : 25 et  16 : 2  nous  lisons   » l’inquiétude  dans  le  cœur  de  l’homme  l’accable  mais  une  bonne  parole  le  réjouit » ;  » les  discours  agréables  sont … douceur  pour  l’ âme  et  remède  pour  le  corps « . il  se  dégage  de  façon  radicale  deux  types  d’accompagnement  qui  se  distinguent  par  leurs  méthodes  et  techniques:

  • les psychothérapies
  • l’accompagnement pastoral  ou  relation  d’aide  ou  cure  d’âme  dont  la  substance  même  est  la  parole  de  dieu  qui  est  curative . Le  pasteur,  en  plus  de  la  prédication , s’en sert pour  venir  en  aide  à  ses  interlocuteurs  qui  font  face  à  des  crises  diverses  dues  aux  tensions, à  l’insécurité, ou  manque  d’harmonie  familiale  et  conjugale  etc …..

              dans  notre  travail , nous  parlerons  de  la  seconde, l’accompagnement pastoral,  en  essayant  de  répondre  aux  questions :

– Qu’est-ce  que  la  cure  d’âme ?

– en quoi consiste- t- elle ? Quelles sont les difficultés y  afférentes !

après  avoir  répondu  à  ces  questions, nous  donnerons  quelques conseils  pratiques.

I-définition de la cure d’âme

1-la relation   d’aide

La  relation  d’aide  est  le  fait  de  s’engager dans  une  séquence  d’interventions  verbales  ou  non  verbales  dans  le  but  de  rendre  plus  facile  au  client  l’expression , la  compréhension  et  la  prise  en  charge  de  son  vécu . la  relation  d’aide  ne  s’intéresse  pas  seulement  au  spirituel  de  l’autre , mais  à  son  conscient . elle  n’a  d’ailleurs  pas  comme  but  principal  de  rendre  les personnes  plus  spirituelles , mais  plus  humaines . par rapport  à  ce  qui  précède , force   est  de  constater  que  la  relation  d’aide  est  multiforme. Aussi, existe-t-il  une  relation  d’aide  chrétienne

 

2 – la  cure   d’âme    

La  cure d’âme  est  la  recherche  par  le  pasteur  du  bien-être  de  l’autre , de  son  équilibre  psychique  et  de  son  harmonie  spirituelle  par  biais  de  l’évangile. selon Calvin,  la cure d’âme et une exhortation personnelle. Mais Luther  quant à lui pense qu’elle est une consolation et une  conversation.

La cure d’âme s’occupe du thème fondamental de la vie, l’âme humaine étant le lieu où Dieu  veut rencontrer l’homme dans le plus grand secret pour lui  parler ou l’interpeller. dans l’expression cure il n y a aucun dualisme grec (corps – âme ou matière- esprit). La cure d’âme désigne l’homme dans sa globalité et est la thérapie de la foi.  C’est le soin, l’entretien de l’homme en crise. Elle embrasse toute l’existence humaine, ses hauts et se bas, ses  espérances et ses difficultés.

II-METHODES D’APPROCHE EN CURE D’ÂME

Nous pouvons citer comme méthodes : le soutien, la cure d’âme en groupe, la cure d’âme par confrontation, l’envoi de la personne chez un spécialiste, l’information et l’orientation, la technique directive.

         Mais il existe deux méthodes principales selon Paul Hoff :

1- la technique directive.

Dans ce cas, le rôle du pasteur ressemble à celui du médecin. La personne, le fidèle décrit, pose son problème et le pasteur pose des questions, rassemble des données, offre un diagnostic et prescrit le remède. La seule responsabilité de la personne est de coopérer avec le pasteur et d’agir conformément à son conseil.

2 – la technique non- directive.

C’est une méthode développée par Sigmund Freud, père de la psychothérapie.

Le pasteur peut utiliser ici certaines connaissances et techniques de la psychologie qui  ont fait leurs preuves.

Ici, la personne avec un problème, joue le rôle principal;  elle parle librement de son problème et de ses sentiments. Le pasteur écoute, réfléchit et répond. Le pasteur aide cette personne à  se comprendre, à découvrir son problème, à voir les alternatives à prendre ses propres décisions, et à les mettre à exécution. Il n’essaie pas  de manipuler l’entretien mais aide plutôt  la personne à résoudre elle-même son problème.

II- CONTENU DE LA CURE D’ÂME

1-l’écoute

 Elle est une action qui a pour point de départ et pour aboutissement la parole de Dieu, qui déjà saisit,  attaque et entoure celui que le Pasteur écoute.

Entendre, voilà ce qui caractérise toute  la forme de l’entretien de cure d’âme. C’est  en entendant que l’on saisit. Entendre signifie d’abord écouter, tout simplement il faut écouter l’homme qui nous apporte un problème vital, nous demande aide et conseil.

Mais pour l’écouter, écouter d’abord ou en même temps  la parole de dieu qui nous apprend à comprendre l’homme  et tout ce qui est humain. On ne peut écouter l’un sans prêter l’oreille à l’autre et cette double audition simultanée est précisément ce qui caractérise la façon d’écouter qui  est indispensable à la conversation de la cure d’âme.

Dans tout l’entretien de cure d’âme, l’indispensable condition préalable, c’est la présence du Saint-Esprit. Dieu doit nous ouvrir l’oreille pour la voix de l’homme comme aussi pour celle de sa parole (on parle ici de technique).

 Ici, le pasteur doit être un auditeur patient et passionné, un auditeur attentif, vigilant et compréhensif. Tout dépend de la nécessité d’entendre, d’entendre en profondeur.

         Il ne faudrait  pas s’arrêter seulement à ce qui nous est dit mais aussi voir » comment » on nous l’expose.

L’écoute  a son origine dans ‘amour de christ qui n’a méprisé  aucun homme et dont la parole cherche à atteindre tout l’homme, tout homme. et l’art d’écouter est lié à  la fréquentation assidue de la Parole de Dieu.

 Ex : la façon même dont une femme  nous parle d’une liaison qu’elle a contractée  nous apprend si cette liaison est bonne et limpide, ou si elle lui pèse et revêt un caractère  véritablement démoniaque.

 

2- l’entretien

 Comprise comme soin de l’âme humaine, la cure d’âme se pratique sous forme d’entretien. L’entretien est le sceau par lequel toutes les pensées  étranges, bizarres et diffuses du fidèle  deviennent enfin des  pensées sérieuses et authentiques. C’est une  conversation entre deux personnes prononcée  sous la forme profane et dont le sujet varie. Le fidèle est à la recherche d’une solution  et le  cadre extérieur est souvent à l’Eglise (mais au sens spirituel quand même dans le cadre de l’Eglise).

Il arrive que cet entretien se transforme logiquement en entretien liturgique (on ouvrira la  Bible, on  la lira et on l’explique, on priera, on louera dieu et on rendra grâces). L’entretien de cure d’âme  est essentiellement ecclésial. L’objet  de l’entretien est placé sous la lumière de Dieu.

Pour le fidèle qui se rend  auprès du pasteur, il n’y a  pas de problème qui ne puisse et ne doive recevoir une réponse dans la Parole de Dieu. Ce qui caractérise précisément l’entretien c’est la force, la sincérité et l’émotion avec lesquels le pasteur se saisit de chaque situation relatée par le fidèle, son interlocuteur, pour la reprendre à la lumière du Christ et de sa Parole. Et son objet n’est pas obligatoirement spirituel. Tout part de certaines questions que pose la vie de l’homme, certains problèmes restés sans solution ou suscités par la Parole de Dieu. Bref, la vie dans sa totalité peut donc devenir l’objet de cet entretien, la vie dans sa relation évidente ou secrète  avec la Parole de Dieu. Ce qui est en jeu ici c’est « l’âme vivante »  de l’homme et rien qu’elle (3 Jean 2).

Mais  ces problèmes difficiles perdent en acuité quand  ceux qu’ils concernent les considèrent ensemble à la lumière de la Parole de Dieu. L’inverse est également vrai où les choses les plus simples deviennent immédiatement obscures et compliquées, allant dans certains cas jusqu’à provoquer des oppositions et des ruptures très profondes. Cela néanmoins dépend surtout du sujet, l’objet de l’entretien.

Au cours de l’entretien si l’un des deux est étranger à la Parole de dieu ou même la rejette, alors l’entretien a échoué.

Ex : souvent au cours d’un entretien on avait l’impression que des liens invisibles, des chaînes secrètes étaient tranchés d’un seul coup comme par un glaive bien affûté.

 

IV – LES OBSTACLES DANS LA PRATIQUE DE  La cure d’âme

Il  s’agit dans ce sous-chapitre de relever certains obstacles qui peuvent nuire involontairement de la part du patient au bon déroulement de la cure d’âme. Aussi  convient-il de souligner  que ces obstacles  sont soit  d’ordre psychologique, soit d’ordre physiologique. Le pasteur doit tenir compte de tous ces paramètres pour rendre efficace son accompagnement.

Paul Hoff souligne qu’il existe quatre périodes dans la  vie de l’homme pendant lesquelles en règle générale, les  changements physiques et sociaux produisent une tension extraordinaire. Ces périodes sont : l’adolescence, la maternité, la ménopause, la vieillesse. Il est important  pour le pasteur de comprendre la difficulté et la  complexité  de ces périodes. L’ignorance et la non-maîtrise des particularités liées à ces périodes peuvent constituer un obstacle majeur pour la pratique de la cure d’âme.

Emmanuel Mounier quant à lui a mis à jour  la caractérologie qui est l’étude et la classification des caractères. Mais il faut dire que Heymans et le Senne Berger classent les individus par l’émotivité, l’activité et le ressentiment. Ils  distinguent alors huit types de comportement de l’homme qui sont :

– Émotif non-actif primaire : il s’agit d’une personne nerveuse, agitée et sensible.

– Émotif non-actif secondaire : ici, il est question d’une personne sentimentale. Au lieu de  s’agiter face à un problème ou une crise, il va plutôt composer un morceau de musique pour trouver sa joie au lieu de s’énerver.

– Émotif actif primaire : c’est une personne colérique, barbare et sauvage.

– Émotif actif secondaire : il s’agit d’une personne passionnée ou qui et animée par sa passion.

-Non-émotif actif primaire : c’est une personne qui n’hésite pas à répandre le sang. Il est sanguinaire.

-Non-émotif actif secondaire : ici, on est devant une personne flegmatique, c’est-à-dire une personne calme, qui domine toujours ses réactions.

-Non-émotif non actif primaire : il s’agit d’une personne amorphe qui n’est pas agitée et qui est passive.

-Non-émotif non actif secondaire: nous sommes ici devant une personne apathique c’est-à-dire une personne  qui ne réagit pas, qui paraît sans volonté et sans énergie. En somme, c’est celui qui ne partage  pas ses sentiments avec les autres.

Jung dans sa psychanalyse  distingue  quant à lui deux types humains qui sont :

  • l’introverti qui est un nerveux replié sur lui-même;
  • l’extraverti qui est extensif, tourné vers le monde et vers l’action.

Enfin, le pasteur doit considérer qu’une personne  qui se  rend compte qu’elle souffre de troubles psychologiques mineurs ou majeur peut avoir différentes réactions, plus ou moins « impliquantes » pour elle, lorsqu’elle fait la démarche de se confier à lui. Jacques et Claire POUJOL notent quatre réactions possibles:

1- La négation: le fidèle reconnaît qu’il a un problème, mais il y a en lui une résistance, il préfère nier ses difficultés en disant par exemple :  » ce n’est pas tellement grave « . Il refuse de se faire aider.

2- Le dépannage : le fidèle dit par exemple:  » voici mon problème ». Mais ce qu’il demande c’est  juste un dépannage. Il est trop pressé et trouve lui-même des solutions rapides.

3- la relation d’aide : le fidèle accepte d’explorer son problème, il en prend réellement conscience et décide de commencer la  cure d’âme.

4- la psychothérapie : le  fidèle veut changer à un niveau plus profond. Après  avoir bénéficié de la cure d’âme, il peut alors se rendre éventuellement compte que  ses troubles  sont beaucoup plus  importantes  qu’il le pensait au départ et que cela implique d’y consacrer un temps plus long, avec un spécialiste. Il décide donc de commencer une psychothérapie.

 

V- quelques conseils pratiques

Pour qu’un accompagnement  pastoral soit efficace et  qu’il atteigne le but qui lui est assigné, le pasteur doit réunir un certain nombre de conditions:

a)- le pasteur  doit être affable, sociable et accessible.

 Les  gens vont chercher  conseils auprès  de quelqu’un qui les connaît et qu’ils connaissent et estiment. Par conséquent, il faut se montrer aimable, amical et faire preuve d’intérêt.

b)- le pasteur doit posséder certaines qualités personnelles:

Comprendre les autres est très importants. Le pasteur doit être sensible aux besoins des autres, comprendre leurs désirs leurs problèmes, leurs frustrations. Il écoute attentivement ce que dit son interlocuteur et essaie de se mettre à sa place.

c)- le pasteur doit comprendre les motivations et la nature humaine et du comportement.

 ceci  s’acquiert en  observant les gens, en lisant les livres et au travers de l’expérience personnelle.

d) le pasteur doit se comprendre lui-même.

 il doit  être conscient de ses imperfections  et de sa condition d’être humain car, s’il ne se comprend pas lui-même, il ne pourra pas comprendre l’autre. Il doit aussi être capable de contrôler ses propres désirs et au besoin de les dominer.

e) le pasteur doit connaître les techniques de la cure d’âme.

La maîtrise des techniques nécessite également la disponibilité. Il doit consacrer du temps nécessaire à l’exercice de la cure d’âme. aussi convient-il de noter que l’accompagnement pastoral prend du temps; il est donc contre indiqué de se hâter.

 f) le pasteur doit savoir garder le secret.

 il est indispensable que le pasteur ne viole jamais les confidences.

 g) le secret de la cure d’âme.

en face de tout homme, oser toujours accorder une confiance absolue à la miséricorde de Dieu. aussi convient-il de souligner qu’il faille une vie de prière pour avoir les armes spirituelles suffisantes.

Conclusion

Comme  nous l’avons vu, la cure d’âme est une activité purement pastorale. En effet elle est cette main compatissante, support sur lequel s’accroche quelqu’un qui s’enfonce  dans la « boue » pour son salut tout entier corps et esprit. elle nécessite beaucoup de tact et le flair. Pour cette raison le pasteur doit bien se connaître lui-même mais aussi connaître parfaitement son patient. L’action conjuguée de la connaissance  (du patient) et l’entretien bien mené peuvent aboutir à des problèmes purement diatoniques ou même à des cas qui nécessitent l’apport des psychothérapeutes cliniciens ou des médecins. Le pasteur devra à cet effet reconnaître les limites de sa compétence et collaborer avec eux pour une action efficace et complète.

 

Bibliographie

antholzer,r., psychothérapie ou cure d’âme biblique, la maison de la bible, paris       1991.

hoff, paul, le pasteur et la cure d’âme, vida, floride, 1989.

poujol, claire &jacques, manuel de relation d’aide: l’accompagnement spirituel et psychologique, vol i et ii empreinte temps présent, paris,1996.

thurneysen, ed., doctrine de la cure d’âme, Delaschaux& niestlé, suisse.

cours de psycho-socio à l’ i.t.p.n, année académique 1989-1990.